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Pugilat électoral
du 12/03/2023
 Histoire et Patrimoine d' Archigny - 164 articles  

Histoire

Le fait divers archignois que nous allons développer mérite un rappel historique et politique des élections législatives des années 1906 et 1910. En ce début de siècle la mandature

législative était de quatre années.

 

Année 1906

Frédéric Godet (1850-1932), déjà député de la circonscription de Châtellerault en 1902 sous l’étiquette de l’Union Démocratique, fut réélu en 1906, mais sous l’étiquette du parti de gauche

démocratique avec 8 965 voix. Il battit messieurs Marionneau (radical) et Krebs (socialiste). Sur les 500 archignois qui votèrent, 312 l’avaient fait pour Godet, 179 pour Marionneau et 9 pour

Krebs. Avec ce second mandat il devenait un parlementaire confirmé du palais Bourbon. À la fin de ce mandat, en avril 1910, il se représenta devant ses électeurs pour une troisième

mandature.

 

Année 1910

Une personnalité du monde politique du Châtelleraudais, maire des Ormes en 1904, conseiller général de la Vienne, allait lui aussi solliciter les électeurs locaux. Il s’agissait de monsieu

Gaston, Marie, Marc, Pierre De Voyer d’Argenson (1877- tué à l’ennemi le 30 avril 1915). Il se présenta sous l’étiquette des républicains progressistes.

Résultats du second tour des élections législatives le 8 mai 1910 :

D’Argenson : 8 770 voix, élu ;

Godet : 8 428 voix.

Le vote à Archigny : Godet 363 voix, d’Argenson 164.

 

 

Année 1910, 8e jour de mai

Le résultat des élections ne donnèrent pas satisfaction à tout le monde, les esprits s’échauffèrent. Le sieur Boulineau Alfred, maréchal-ferrant à Archigny, était un fervent supporter du

citoyen Godet. Nous pouvons nous imaginer le peu de plaisir qu’il eut quand fut annoncé, vers 23 h 30, le résultat du scrutin. Le bruit se répandit dans le village qu’un feu de joie serait

allumé en l’honneur du nouvel élu.

Boulineau s’écria avec colère : « si jamais je croyais qu’il y aurait un cochon capable d’allumer un feu de joie, je lui casserai la g…. ». Ce propos fut corroboré par le témoignage de Marcel

Ripault qui ajouta que ce dernier avait une bouteille vide dans sa poche, qu’il l’avait sortie en menaçant le dénommé Georges Moreau.

Lorsque Boulineau apprit que le feu de joie était allumé, sa colère ne fit qu’augmenter. Un rassemblement ne tarda pas à se former où les partisans des deux candidats échangèrent des

propos aigres-doux. Au milieu de cet échange verbal, qui avait lieu devant le café Genest, Boulineau, quelque peu bousculé par le fils Blanchard, tomba sur le trottoir.

Lorsque le maréchal-ferrant chuta, on entendit alors un bruit de verre se brisant. Les protagonistes constatèrent immédiatement qu’une bouteille venait de se briser sur la tête de

Boulineau, lui faisant d’importantes blessures au visage et sur le crâne. Le blessé s’étant évanoui, il fut transporté à son domicile où un médecin lui prodigua les premiers soins et constata

que lesdites blessures étaient assez graves.

Cette affaire ne resta pas sans conséquences judiciaires. Plainte fut déposée auprès du tribunal correctionnel de Châtellerault. À son audience du 10 juin 1910, accusateur et accusée

durent s’expliquer devant les magistrats.

Boulineau ayant perdu connaissance ne put être affirmatif sur les faits, mais il avait l’intuition que la bouteille avait été lancée par madame Genest, toutefois il n’en était pas certain, un

doute subsistait.

Madame Blanche Daigle, épouse Genest, comparut donc sous l’inculpation de coups et blessures à la requête du plaignant qui, en outre, lui réclamait 300 f de dommages et intérêts.

Pour étayer sa plainte, le demandeur n’avait que deux témoins, messieurs Godeffroy et Boisgard qui divergeaient dans leur déposition. L’un dit que madame Genest avait frappé

l’accusateur avec une bouteille, l’autre affirma que ladite bouteille avait été projetée sur le groupe composé d’une quinzaine de personnes.

D’autres témoins, cités par la défense, étaient, eux, sans contradiction les uns avec les autres. Ce fut d’abord madame Cognard qui, sortant dans la rue, crut que son mari était dans la

dispute et se trouvait proche de madame Genest lorsque la bouteille se brisa. Vint ensuite témoigner Mlle Marthe Tranchant qui était dans le café au moment de la querelle et affirma que

la propriétaire n’avait rien dans les mains au moment des faits. Monsieur Georges Moreau, que Boulineau avait menacé avec une bouteille, fut très affirmatif dans sa déposition, le jet de

bouteille venait du côté opposé à la tenancière, ainsi que le confirma Eugène Puisais. Quant à Auguste Pénaguin, il déclara que madame Genest n’avait rien dans les mains.

L’inculpée fut entendue par la Cour et déposa : « ce n’est pas moi qui ai jeté la bouteille. Je sortais à ce moment de mon porche, attirée par le bruit de la dispute, j’ai cru en entendant la

bouteille tomber qu’on brisait mes carreaux. Comme tous les témoins, elle déclara qu’il faisait très noir dans la rue. »

Maître Cerf, avocat de Boulineau, s’efforça de démontrer la culpabilité de madame Genest, cherchant à savoir de quelle façon la bouteille avait été lancée. Dès lors que deux témoins (peu

fiables) avaient vu ou cru voir ladite bouteille dans les mains de l’inculpée, cela lui suffisait. Il fit remarquer au tribunal que les témoins de la défense n’étaient pas aussi affirmatifs dans les

dépositions qu’ils firent aux gendarmes. Il plaida pour que le tribunal reconnaisse la culpabilité de madame Genest et que le plaignant reçoive les dommages et intérêts auxquels il ava

droit.

Maître Augeard présentait la défense de l’inculpée. Il démontra en premier lieu les contradictions des deux témoins à charge, puis examina les témoignages aussi clairs qu’affirmatifs des

témoins de la contre-enquête. Pour la défense, rien ne pouvait expliquer l’intervention de sa cliente dans une querelle dans laquelle elle était complètement étrangère. Il argumenta que l

bouteille détenue par l’accusée avait bien pu sortir de sa poche au moment de la bousculade, se briser sur le trottoir et que la tête de Boulineau vint s’affaler sur ses éclats.

Enfin, il constata que le plaignant allait bien vite en besogne, se portant partie civile et demandant 300 f de dommages et intérêts avant que le tribunal statue sur l’affaire. Pour le procureur

de la République, les dépositions des témoins à charge suffisaient amplement à condamner madame Genest.

Après en avoir délibéré, le tribunal relaxa la femme Genest des fins de la plainte et condamna la partie civile aux dépens. Boulineau devrait payer les frais de justice

Mais l’affaire archignoise ne s’arrêta pas à ce verdict. Mécontent du jugement rendu en sa défaveur, Boulineau fit appel auprès de la cour sise à Poitiers. À son audience du 15 juillet 1910

la cour d’appel de Poitiers confirma le jugement du tribunal correctionnel de Châtellerault, et acquitta définitivement madame Genest

Médiathèque du Grand Châtellerault n° 3054 du 17 juin 1910

idem n° 3059 du 22 juillet 1910.

 

Année 1914.

Nouvelles élections législatives.

M Godet prit sa revanche. Il fut élu au second tour avec 8 978 voix contre 8 078 voix à monsieur D’Argenson. Le calme dans le village revint donc avant la Grande Guerre

Source de l’article : Journal l’Écho de Châtellerault 1910.

 

 

 

 

 

 

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