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René de Faulles, seigneur de Foreille au château de la Guérivière à Archigny
du 04/03/2024
 Histoire et Patrimoine d' Archigny - 164 articles  

Histoire

Article de Sylvie Bernabé,

 

Le 18 juillet 1651 furent célébrées, en l’église d’Archigny, les noces de Pierre de Vérines, seigneur du Cloux, originaire de Ruffec-le-Château, et de Jeanne de Faulles,

fille de René de Faulles, seigneur de Foreille et de feue Jeanne de Lespine. La famille de Faulles résidait alors à la Guérivière, sise sur la commune d’Archigny.

C’est du père de la mariée dont il va s’agir ici. René de Faulles fut en effet le protagoniste d’une affaire ancienne assez peu banale.

Né probablement aux alentours de 1600, il était gendarme de la Compagnie du Roi. En 1625, il se trouvait en butte aux agressions répétées de son voisin Jean Couhé,

seigneur de Loubressay, de la paroisse de Bonnes. René de Faulles s’était plaint de la conduite de cet homme et avait obtenu que ce dernier soit arrêté. Des archers,

avec le renfort de compagnons armés, se rendirent donc le 11 août 1625 au domaine de Jean Couhé. Celui-ci résista, aidé par ses gens en armes et poursuivit les archers

qui battirent en retraite.

 

René de Faulles qui chassait alors avec des membres de sa famille, vit les deux groupes, fuyards et poursuivants, arriver vers lui. Dans la mêlée qui s’ensuivit,

le seigneur de Loubressay blessa d’un coup d’épée le sieur du Theil, ami de Faulles. Voyant cela, et pour sauver la vie de son camarade,

René de Faulles tua net de Loubressay d’un coup de pistolet.

Il fut alors emprisonné avec cinq de ses amis, considérés comme complices de l’assassinat de Jean Couhé de Loubressay, et condamné à mort malgré les circonstances

atténuantes qui pouvaient lui être accordées.

 

Jean Couhé de Loubressay descendait d’une longue lignée de nobles puissants. René de Faulles était issu d’une famille de bien moindre rang et se trouvait

ainsi en quelque sorte dans la situation du pot de terre contre le pot de fer.

L’affaire vint aux oreilles d’Armand Jean du Plessis de Richelieu, cardinal et ministre de Louis XIII, qui n’ignorait pas qu’il existait à Rouen une tradition à la fois religieuse et judiciaire

étonnante : le privilège de Saint Romain. Prenant son origine probablement au XIIème siècle et aboli en 1790, ce privilège, exercé par le Chapitre de la cathédrale de Rouen,

permettait de gracier chaque année, le jour de l’Ascension, un condamné à mort. Le privilège de Saint Romain était distinct de la justice royale et civile et respectait un rituel

tous les ans recommencé, trouvant son apogée lors d’une grande procession religieuse, source de réjouissances populaires.

 

Le cardinal de Richelieu gardait en son cœur une inclination pour le Poitou, berceau de sa famille et se tenait informé de ce qui s’y passait.

Prenant fait et cause pour René de Faulles, seigneur de Foreille, en cette année 1627, il le fit transférer dans les geôles de Rouen et fit parvenir une lettre au Chapitre des chanoines de la

ville, eux seuls habilités à choisir le prisonnier qui serait gracié, la grâce bénéficiant aussi à ses éventuels complices. La lettre fut apportée solennellement à Rouen par cinq

gentilshommes poitevins. Le cardinal envoya également quatre lettres au Parlement de Rouen, lettres courtoises, diplomatiques mais n’admettant guère de résistance à la requête

formulée. Ainsi la lettre adressée à l’un des présidents du Parlement :

Monsieur, le sieur de Foreille estant en peine pour un accident qui luy est arrivé plus par malheur que par malice, je ne puis que je ne vous conjure de l'en vouloir tirer en contribuant

ce qui sera en vous pour le faire jouir du privilège de la fierté ceste année.

Par ce moyen, vous conserverez la vie à un gentilhomme de mes voisins, qui sera obligé de l'employer pour vous en reconnoissance de la grâce qu'il en aura reçue.

Et en mon particulier, je tascherai aussy de recognoistre la faveur que vous luy aurez deppartie, en ma considération, en cette occurence et en toute autre où j'auray lieu de vous

tesmoigner que je suis, etc...

 

Le cardinal eut gain de cause et le 13 mai 1627, devant la foule normande, René de Faulles leva par trois fois la Fierté, châsse des reliques de Saint Romain, geste signifiant au monde

qu’il était désormais libre et délivré de toutes poursuites judiciaires.

Après cet épisode extraordinaire, René de Faulles retrouva sa charge de gendarme de la Compagnie du Roi, regagna le Poitou, y épousa Hélène de Lespine

et s’installa à la Guérivière à Archigny.

Il y décéda trente ans plus tard et fut inhumé en l’église Saint Georges d’Archigny le 5 février 1657.

 

La Guérivière (Archigny), cadastre napoléonien 1810. Le château de la Guérivière, entouré de douves, fut détruit vers 1790.

 

Château de Loubressais (Bonnes), cadastre napoléonien 1810. Les sieurs de la Barre, seigneurs de l’Age à Archigny, étaient également seigneurs de Loubressay à partir de 1690

et de la Guérivière à partir de 1750.

Ces deux lieux étaient distants de moins d’une demi-lieue en traversant les brandes dites de l’Evêché.

 

 

 

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